Discours de la FSU √† la journ√©e nationale d’action du 22 janvier 2011
JOURN√ ?E NATIONALE DE L‚ ??√ ?DUCATION NATIONALE DU COLLECTIF "L’√ ?DUCATION EST NOTRE AVENIR"
Lu par Françoise LANIS à Nantes.
samedi 22 janvier 2011
par FSU 44

Le Minist√®re, une fois de plus, vient d’annoncer, en application du d√©sormais tristement c√©l√®bre dogme du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant √† la retraite, la suppression de 16 000 postes d’enseignants √† la rentr√©e 2011.
Dans le même temps, ce sont 61 000 élèves supplémentaires qui sont attendus, conséquence non seulement prévisible, mais également annoncée du bay-boom des années 2000.

Dans notre acad√©mie, cela se traduira dans le primaire par 71 suppressions d’emplois pour 500 √©l√®ves de plus. Dans le secondaire le Rectorat pr√©voit 4 385 √©l√®ves suppl√©mentaires, mais aucune cr√©ation d’emplois. Au niveau de la Loire-Atlantique il manquera 500 postes pour simplement maintenir l’encadrement actuel, d√©j√† tr√®s d√©grad√© par rapport aux ann√©es ant√©rieures.

Ne nous y trompons pas : en mati√®re de suppression de postes, tous les secteurs de l’action publique sont touch√©s. Toutes les contre-r√©formes, toujours impos√©es sans aucune v√©ritable concertation, encore moins n√©goci√©es, surgissant en ordre dispers√© et √† un rythme toujours plus effr√©n√©, ne doivent cependant rien au hasard. Une grande coh√©rence les relie : une mobilisation id√©ologique sans pr√©c√©dent est √† l’Ňďuvre, qui vise √† fabriquer un Etat aux domaines et capacit√©s d’intervention de plus en plus r√©duites. Ainsi, dans l’√©ducation, contrairement √† l’affichage de la lutte contre l’√©chec scolaire, ce qui se profile en r√©alit√© est un renoncement de l’ambition de la r√©ussite pour tous et un tri social pr√©coce : 50% de dipl√īm√©s niveau licence, cela suffit √† satisfaire les exigences du monde de l’entreprise ... Les autres ???

Bien plus, le sens m√™me de l’action publique se trouve d√©natur√©. Que ce soit √† la Justice, √† l’H√īpital, √† l’Universit√©, dans la police, √† P√īle Emploi ou √† la Poste, se met en place √† marches forc√©es un « nouveau management » qui met √† mal la notion m√™me de service public. Des concepts issus du monde de l’entreprise : culture du chiffre, gouverner au r√©sultat, indicateurs de performance... partout prennent le pas sur nos missions « au service du public »...
On ne mesure plus l’utilit√© de l’Hopital en fonction de la qualit√© de l’accueil et des soins prodigu√©s aux patients mais en fonction de sa capacit√© √† regrouper ses structures pour une meilleure rentabilit√©.
Un enseignant n’est plus un professionnel qualifi√© utilisant une p√©dagogie qu’il juge adapt√©e √† ses √©l√®ves, mais une charge qui p√®se sur le budget de l’Etat.
Un √©l√®ve n’est plus un individu qui se construit, un citoyen qui se forme ou un futur salari√© √©clair√©, c’est un instrument d’√©valuation des performances de son √©cole ou de son enseignant.
Nous pensons au contraire que les services publics sont davantage une richesse qu’un co√Ľt financier.

Des r√©sistances existent, de la part des agents de l’Etat, dont nombre d’enseignants, qui veulent pr√©server la relation au m√©tier pour lequel ils ont √©t√© form√©s. Alors pour les casser, on met en place des hi√©rarchies interm√©diaires, r√©mun√©r√©s par des primes au m√©rite comme celle que viennent de se voir octroyer les recteurs. Au niveau local, les pressions se font plus fortes. L’autonomie des √©tablissements est en r√©alit√© celle de leurs chefs, qui voient leur pouvoir accru.
De plus en plus, dans l’Education comme ailleurs, la pr√©carit√© se d√©veloppe et le contrat remplace le statut, pourtant seul garant de l’impartialit√© et de l’ind√©pendance des agents de l’Etat, sans lesquelles ils ne peuvent exercer leur mission. Pire encore, le projet de loi du d√©put√© UMP Mancel veut r√©server le statut de la Fonction Publique aux seuls agents exer√ßant une fonction r√©galienne.

Ainsi progressivement se met en place un Etat réduit dans sa surface et renforcé dans ses structures de commandement. Dans cette affaire, ni les personnels, ni les élèves, ni leurs parents, ni les citoyens ne sont gagnants.

Nous sommes ici pour le dire, haut, fort et clair : « De cette soci√©t√©-l√†, on n’en veut pas ».

La casse du service public n’est pas une fatalit√© : cette journ√©e d’action est une premi√®re √©tape de mobilisation. La FSU propose une gr√®ve d√©but f√©vrier et une manifestation nationale √† Paris en mars, pour que nous puissions dire massivement l’√©cole que nous voulons contre l’√©cole, qu’en cette p√©riode de solde, ils sont en train de brader.