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Fermeture annoncée de la licence Sciences de l’Education de l’Université de Nantes
LETTRES OUVERTES AU PRÉSIDENT DE L’UNIVERSITÉ ET AU RECTEUR



Monsieur le Président de l’Université, Monsieur le Recteur

En 2013, La Direction Générale pour l’Enseignement Supérieur et l’Insertion Professionnelle (DGESIP) décidait de mettre fin aux licences dites « suspendues », c’est-à-dire aux troisième années de Licence non rattachées à un parcours complet de premier cycle universitaire (L1-L2-L3). Le département de sciences de l’éducation de Nantes avait alors été encouragé par la présidence de l’université de l’époque à construire et présenter un projet de parcours complet de licence. Ce projet a été élaboré et a reçu un avis favorable de la DGESIP en 2012. Il devait être finalisé pour juin 2014.

Or le 4 décembre dernier, les personnels du département de sciences de l’éducation ont été informés de la décision prise par la présidence de l’Université de Nantes de ne pas donner suite au projet de licence complète, ce qui condamne dès la rentrée 2014 la L3. Si cette décision était confirmée, il n’y aurait donc plus aucune formation publique de licence sciences de l’éducation dans l’académie de Nantes.

Nous contestons les arguments exprimés pour justifier la fermeture (ne pas installer de concurrence entre les filières ; ne pas attirer de nouveaux étudiants afin de ne pas augmenter les coûts ; faiblesse des débouchés). L’existence de parcours différents au niveau licence dans une même université ne doit pas être vue comme une forme de « concurrence » entre les filières mais comme une possibilité pour les étudiants de construire leur parcours de réussite dans des voies complémentaires. D’ailleurs le projet de licence proposé s’appuie sur des collaborations avec d’autres départements de sciences humaines et sociales.

L’argument de l’augmentation des coûts liée au fait d’attirer de nouveaux étudiants n’est en aucun cas recevable : si l’Etat veut que davantage d’étudiants soient formés au niveau licence, il est inévitable que les coûts augmentent pour la collectivité. Refuser d’inscrire davantage d’étudiants à l’université revient à limiter de fait le service public d’éducation.

Enfin l’argument de la faiblesse des débouchés de la filière est lui aussi contestable : cette licence constitue un vivier important d’étudiants qui peuvent souhaiter poursuivre par un des masters enseignement et éducation de l’Espé, mais elle prépare aussi à d’autres métiers : formation des adultes, travail social et paramédical, etc. Ces fonctions présentent une haute utilité sociale, en particulier dans le cadre des mutations socio-démographiques de la France.

Pour la FSU, la licence de sciences de l’éducation présente un intérêt essentiel dans le cadre des politiques gouvernementales de refondation de l’école. Si les étudiants se destinant aux métiers de l’enseignement et de l’éducation ne passent pas tous par cette licence, il reste qu’elle constitue une voie d’accès et de pré-professionnalisation importante. Elle permet eneffet aux étudiants de se familiariser de manière précoce aux apports de la recherche en éducation et aux différents savoirs qui sont en jeu dans leurs futurs métiers. Il est illusoire de penser que l’on pourra refonder l’école et lutter contre les inégalités sociales et scolaires sans transformer en profondeur ces métiers. La recherche en éducation est déterminante pour cela.

La fermeture de la licence mettrait d’ailleurs en péril à moyen terme le Centre de Recherche en Education de Nantes (CREN), alors que celui-ci bénéficie d’une reconnaissance particulière pour la qualité de ses recherches, à la fois par les institutions nationales compétentes, les collectivités locales et par la communauté scientifique. Les nombreux témoignages de soutien émanant du CNU, d’associations de chercheurs, de chercheurs étrangers montrent combien il serait dangereux de mettre ce laboratoire en difficulté. Le CREN est le principal laboratoire d’adossement à la recherche de l’ESPÉ ; supprimer la licence reviendrait à tarir les masters et doctorats qui nourrissent le développement scientifique des Sciences de l’Education.

Au moment où l’ESPE de l’académie de Nantes vient d’être installée, cette décision est de nature à affaiblir l’École en la privant d’étudiants ayant construit un parcours pré master les familiarisant avec les questions de l’enseignement et de l’éducation (aussi bien pour la formation « Enseignement Premier degré », la formation des CPE que celles concernant l’enseignement professionnel, la licence Sciences de l’Éducation accueillant beaucoup de Bac + 2, BTS et DUT). Les contributions croisées des enseignants de l’ESPE et du département de Sciences de l’Éducation vont être remises en cause, les masters du département (Formation de Formateurs par l’Analyse des Situation de Travail –FFAST- notamment ou recherche) fragilisés alors qu’ils pouvaient offrir des réorientations précieuses aux étudiants qui renoncent ou échouent aux concours de recrutement de l’Education nationale, tout comme le master Expertise Enseignement Apprentissage de l’ESPE.

La licence nantaise des sciences de l’éducation est une voie de réussite pour de nombreux étudiants d’origine modeste (48 % de boursiers). Encourager et développer ce type de filières contribuant à la démocratisation de l’enseignement supérieur est bien une mission de l’université publique, cohérente avec la loi de refondation de l’école comme avec le projet académique 2013-2017 (objectifs 6 et 7).

L’annonce de la fermeture de la licence à l’université de Nantes est d’autant plus incompréhensible que l’Université Catholique de L’Ouest annonce au même moment qu’elle ouvrira en septembre 2014 un parcours complet de licence de sciences de l’éducation. Ainsi la fermeture dans le public laisserait la place au privé confessionnel, avec un coût énorme pour les étudiants et leurs familles(3550 euros par an). Il s’agirait bien alors d’un renoncement au service public d’enseignement supérieur, mais aussi à une partie de la formation initiale des futurs professeurs de l’enseignement public : ceux qui souhaitent commencer leur parcours de formation en sciences de l’éducation n’auront-ils d’autre choix que de le faire dans le privé ? Devront-ils pour cela contracter un emprunt étudiant ?

Plus largement, la FSU considère que cette annonce de fermeture est un pas supplémentaire dans la dégradation accélérée de l’université permise par les lois LRU (2007) et pour l’enseignement supérieur et la recherche (2013). L’« autonomie » de l’université ne doit pas consister à gérer localement la pénurie, par des arbitrages opaques et sans justification éducative et sociale. La fermeture de la licence sciences de l’éducation viendrait rallonger la liste des formations sacrifiées, comme la licence d’info-communication l’an dernier. Pour la FSU, il est urgent de stopper l’hémorragie et de donner aux universités les moyens d’une politique de l’enseignement supérieur ambitieuse et démocratique.

Pour toutes ces raisons, la FSU refuse la fermeture de la licence mention « sciences de l’éducation »à l’université de Nantes et demande que le projet de parcours complet dans cette discipline universitaire soit mené à son terme pour une ouverture à la rentrée 2014.

 

Publié le jeudi 19 décembre 2013  par FSU 44
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